Réunions publiques

- Le 5 mars, 19h, salle Henri Brouillard à Pont-Réan

- Le 7 mars, 20h30, Espace Galatée à Guichen

Proches de vous, nous le sommes et le resterons !

jeudi 31 janvier 2008

Témoignage de Patrick, un habitant de Pont Réan

En novembre 1987, venant d' acheter un terrain dans le lotissement du Val, rue de Louvain à Pont-Réan et me rendant à la Mairie située à Guichen j'eus l'occasion d'entrevoir sur la droite une magnifique allée bordée d'arbres menant très certainement à un château que j'allais découvrir plus tard me promenant dans les environs.... et dans d'autres occasions.

Je découvris que la ville de Rennes y gérait un centre aéré dans lequel mon épouse allait enfant et appris que sa grand-mère paternelle finit sa vie dans ce qui était communément appelé « le mouroir » dans les services de Pontchaillou concernant la Massaye.

Je découvris l'histoire de Pont-Réan au travers du livre de Patricia Cheviré dans lequel elle consacre un article sur les inondations mais aussi un article sur le domaine.

Les inondations de 2001 ( après celles de 95 – 99 ) eurent des conséquences importantes pour notre bien-être et des répercussions psychologiques indéniables partagées puisque la petite Eileen née en décembre 2000 et la maman toutes deux de retour de la maternité ne purent rester dans une maison inondée..... donc insalubre pour elles : demande de logement à la mairie, ce fut l'appartement situé au Château de la Massaye qui nous fut alloué; nous étions 7 personnes !
Nous avions tout l'étage pour nous, étage habituellement réservé au directeur.
Nous sommes restés plusieurs mois dans les lieux et je découvris alors la richesse de la Massaye, richesse architecturale, paysagère mais aussi humaine....

J'avais des contacts journaliers avec le personnel du CHR qui y assurait l'entretien et déjà pointaient des écoeurements ou incompréhensions des salariés sur la politique d'abandon du site par la diminution de lits alors que venaient d'être mises aux normes les cuisines....

Ce fut ensuite des rencontres avec des personnes qui recherchaient l'ancien centre de formation maritime.....

L'accueil de réfugiés au domaine de la Massaye sur réquisition de la Préfecture allait me permettre encore une fois de bien belles rencontres..... non, je n'ai pu participer à la manifestation de soutien pour ces personnes mais – discrètement – leur ai remis un salon pour leur pièce de vie commune : j'ai eu un bonheur intense à voir les enfants taper l'assise des canapés et s'y jeter.
Peu de paroles : tous dans les yeux et les gestes de ces enfants... et leurs yeux rieurs et leurs sourires

Mais avant leur arrivée, survinrent les événements les plus tristes que j'ai pu voir : la haine par la peur de l'autre, étranger de surcroît....
Le 6 mars 1963, le « vice – amiral » – préfet maritime de Brest – demande à récupérer, pour orner l'école navale de Brest, la statue de DUGUAY TROUIN offerte par la ville de ST MALO au centre de formation maritime, statue qui avait été érigée dans la cour d'honneur de la Massaye.

Si je savais que la présence militaire y fut importante, jusqu'en 1960, puisque le domaine fut successivement occupé, réquisitionné, loué par l'état major anglais, l'armée allemande, des formations américaines, la marine française...... j'ignorais totalement certains événements de 1944.
Le 22 juillet 1944, les allemands firent une rafle dans les rues de Pont-Réan en représailles d'actes de brigandage commis localement par la fameuse bande Tudo-Laurent; les personnes arrêtées furent détenues au château de la Massaye pour être transférées et incarcérées à Jacques CARTIER.
Ils seront une douzaine de jeunes de Pont-Réan à être arrêtés et déportés par le convoi dit de Langeais partant de Rennes début août 44 vers Belfort et dirigé le 26 août vers Natzweiler ou d'autres lieux de déportation tels que Dachau ou Melk.
Parmi ces jeunes figurent également des Espagnols.
Quelques heures avant la libération de Rennes – le 1 er août, les américains sont à sa porte et 2000 allemands résistent – le 3 août vers 6H00 du matin, un convoi de 1500 prisonniers emprunte la seule voie ferrée intacte : Rennes – Redon.
Le même jour, vers 11H00 du soir, un groupe de prisonniers de même importance parcourt à pied pour embarquer dans des wagons à bestiaux vers St Jacques de la Lande.
Ces deux convois se rejoignent au Lion d'Angers survolés en permanence par l'aviation alliée.
De l'avis des survivants, jamais ce convoi n'aurait dû arriver en Allemagne.
Préservons le domaine de La Massaye et faisons en sorte qu'il devienne une zone accessible à tous les Guichennais- Pont-Réannais...

dimanche 27 janvier 2008

Est-ce que ce monde est sérieux ?

7 milliards d’€ évaporés pour la seule Société Générale… soit 580 000 années de SMIC. Arrivées à certains sommets, les sommes n’ont plus de signification. Puisqu’il y a sommet, il y a vertige. Le vertige de l’argent qui ne signifie plus rien : « dématérialisé » - on devrait dire « déshumanisé » - l’argent ne correspond plus à une convention entre les hommes qui exprime la valeur d’un travail (« valeur d’usage ») et qui permet d’échanger des actions disparates (« valeur d’échange »). Jusqu’alors on avait résolu de régler la question de « comment échanger l’achat des courses avec une consultation chez le médecin ou avec une sortie à Eurodysney (sans Carla…) ? » par de l’argent, des pièces, des billets, sur lesquels des valeurs sont écrites avec des chiffres.
Et puis, progressivement, en l’espace d’une génération, l’argent s’est dissocié du travail à deux échelles. L’échelle des personnes avec l’idée que, pour en gagner, il valait mieux gratter compulsivement des tickets aux noms infantilisants (tac-au-tac, grolot…) ou tourner béatement une roue à la télévision que raboter du bois, conduire un camion, corriger des copies d’élèves. A l’échelle de la société, la valeur travail s’est effondrée : on gagne plus à spéculer qu’à produire ; la part de la richesse repose de moins en moins sur l’activité des hommes et de plus en plus sur le capital qui se gonfle et se dégonfle au gré d’impulsions électroniques envoyées dans des salles truffées d’ordinateurs devant lesquels s’agitent les nouveaux apprentis sorciers de l’économie, les traders (en français, « marchands »).

Depuis l’effondrement du Mur de Berlin, l’idée était qu’il n’y avait plus que, d’un côté, David le citoyen et, de l’autre côté, Goliath le « marché ». Entre ce face-à-face déséquilibré, les institutions (État, pouvoirs publics) compensaient un peu l’inégalité par des politiques publiques, par des règlements. Un peu mais aussi de moins en moins : retrait de l’État qui substitue à une éthique de l’intérêt général le pragmatisme économique… « Les caisses sont vides. » Le marché, qu’on le veuille ou non, apparaissait, sinon comme la bonne solution, du moins comme la seule solution. Credo du libéralisme : moins on intervient, plus cela ira bien par la grâce d’une baguette magique, « la main invisible », se chargeant d’adapter l’offre et la demande. Un monde enchanté avec Kâa qui susurre « Aie confiance… » Et l’on incitait chacun dans son coin à investir dans des actions qui, pour rapporter avec des taux de rentabilité à deux chiffres, se traduisaient par des plans sociaux : l’homme est un loup pour l’homme - homo homini lupus - et le portefeuille d’actions rangé dans le tiroir de la commode du salon recouvre la lettre de licenciement du voisin avec lequel on festoie lors du méchoui du lotissement. Un peu de sociabilité pour vernir ce qui tient lieu de règle de vie, gagner plus et vite. Ce que l’on appelle simplement aussi la cupidité.

Des économistes très savants écrivaient des équations indécryptables dont on pouvait se dire que, puisque c’était compliqué, c’était sérieux. Cependant, si on lisait les ouvrages d’économie en sautant ces équations, on découvrait que la base du marché c’est… la confiance ! Ainsi donc, tout repose sur la subjectivité ! Pschitt ! 7 milliards d’€ évaporés et, avec eux, la confiance. Donc écroulement du marché. Que reste-t-il ? L’individu. Tout seul. Un singe nu, c’est-à-dire un primate sans fourrure, sans protection.

Crise vient du grec, krisis, qui signifie décider. Certes l’accouchement se fait – et ce n’est que le début - dans la douleur. A Francis Cabrel qui chantait « Est-ce que ce monde est sérieux ? », on sait que l’on peut répondre négativement – voilà au moins une certitude. Reste à réinventer un vivre ensemble et un faire société apurés de l’illusion. L’avantage de l’illusion est qu’elle enchante. Son inconvénient est qu’elle est éphémère et se solde par le désenchantement. Il faut donc réenchanter le monde mais cette fois, qu’on ne s’y trompe pas, avec des valeurs, des convictions, des principes moraux, une éthique : il n’y a pas d’autre alternative pour reconquérir la confiance… puisqu’on vous dit qu’elle est à la base de tout !

Philippe Labbé, janvier 2008